Programme de recherche 2026-2029

Capitalisme urbain, politiques sociales et droit au logement

Le programme de recherche proposé du CRACH vise à développer une analyse critique du capitalisme urbain à partir des politiques sociales du logement, de leurs transformations et de leurs effets sur les populations locataires, logées ou non. Il repose sur l’idée que la crise du logement ne constitue pas uniquement un problème d’abordabilité ou de manque d’offre, mais une transformation plus profonde des rapports entre État, marché et droits sociaux. À travers ce programme, le CRACH cherche à comprendre comment les politiques publiques, les dispositifs institutionnels et les discours dominants participent à la production de nouvelles formes d’inégalités urbaines, de dépossession résidentielle et de déni de droits.

Schéma du programme de recherche proposé (4 mai 2026)

Le programme s’intéresse d’abord aux effets du capitalisme urbain sur la production immobilière et sur les transformations contemporaines du logement. Dans un contexte marqué par la financiarisation, la hausse des coûts de construction et la montée des logiques de rentabilité, les politiques publiques tendent à favoriser des formes hybrides de gouvernance où les frontières entre secteur public, communautaire et privé deviennent de plus en plus poreuses. Le CRACH souhaite documenter ces nouvelles alliances, notamment dans le développement du logement hors marché et du locatif abordable mais également des quartiers qui en sont au cœur, afin de comprendre comment elles redéfinissent les rapports de pouvoir, les modes de gouvernance et les finalités sociales du logement. Cette perspective permet d’interroger la place grandissante du marché dans les réponses à la crise et les tensions qu’elle produit entre rentabilité, mixité sociale et droit au logement.

Le programme vise également à analyser les effets de ces transformations sur les droits des locataires et sur les populations exclues des dispositifs traditionnels de protection sociale. Une attention particulière est accordée aux mécanismes institutionnels qui participent à la fragilisation des droits résidentiels : pratiques du Tribunal administratif du logement, politiques d’attribution du logement social, dispositifs liés à l’itinérance, contractualisation des interventions sociales et multiplication des critères d’admissibilité. Le CRACH cherche à montrer que ces dispositifs produisent des formes différenciées de citoyenneté et contribuent à l’exclusion de certaines populations, notamment les personnes à statut précaire, les personnes en situation d’itinérances ou les travailleurs-euses étrangers-ères temporaires. Cette réflexion conduit à étudier la manière dont les politiques sociales deviennent aussi des instruments de contrôle social et de gestion de la pauvreté. Les campements, les formes contemporaines d’hébergement d’urgence, les dispositifs conditionnels d’accès au logement ou les programmes d’activation sont analysés comme des mécanismes participant à la régulation des populations marginalisées. Le programme vise ainsi à documenter les expériences vécues de l’exclusion résidentielle, les trajectoires hors logement stable et les effets subjectifs des politiques sur les personnes concernées.

Au cœur du programme se trouve également une réflexion sur la production des discours dominants autour de la crise du logement. Le CRACH s’intéresse à la manière dont certains récits — crise de l’offre, coûts de construction, responsabilité individuelle, inefficacité bureaucratique — s’imposent dans l’espace public comme des évidences. Inspiré des travaux sur les régimes de vérité, le programme cherche à analyser comment ces discours orientent les politiques publiques, définissent les solutions légitimes et invisibilisent d’autres dimensions du problème, notamment la financiarisation, la spéculation immobilière, les rapports de pouvoir urbains et le retrait de l’État social. Cette analyse inclut également une réflexion sur la production sociale de l’ignorance. Le CRACH cherche à comprendre comment certaines formes de savoir sont marginalisées, invisibilisées ou disqualifiées dans les débats publics sur le logement. Les expériences des locataires, les savoirs issus de l’action collective et les réalités vécues des populations exclues demeurent souvent absents des représentations dominantes de la crise. Se situant également dans un contexte de revendication et de crises vécues au sein même du milieu communautaire, le programme du CRACH souhaite visibiliser les enjeux d’ancrage territorial des organismes et les facteurs qui fragilisent leurs présences dans les quartiers. Il entend également contribuer à documenter et à co-écrire leurs luttes, les trajectoires et les mémoires de ces acteurs-rices communautaires. Le programme vise ainsi à documenter ces mécanismes de production de l’ignorance et à développer des contre-discours capables de rendre visibles les dimensions politiques et structurelles des transformations urbaines contemporaines. 

Méthodologiquement, le programme privilégie une approche interdisciplinaire et partenariale combinant analyse des politiques publiques, analyse de discours, étude des dispositifs institutionnels, recherche qualitative et co-construction des savoirs avec les milieux communautaires et militants. Cette approche vise à produire des connaissances ancrées dans les réalités sociales tout en contribuant à la formulation d’alternatives politiques et à la transformation des débats publics. Dans cette perspective, le CRACH considère l’action collective comme une source centrale de production de connaissances. Les groupes communautaires, les comités logement, les mobilisations populaires et les réseaux militants ne sont pas uniquement étudiés comme objets de recherche, mais comme producteurs de savoirs critiques sur la ville, les politiques sociales du logement et les transformations du capitalisme urbain. Le programme vise ainsi à soutenir des démarches d’archivage, de documentation et de valorisation des mémoires collectives afin de renforcer les capacités d’analyse, de mobilisation et de défense des droits. En particulier, nous souhaitons mettre en place une veille et un suivi des politiques en matière de logement afin de documenter ces transformations.

À travers ce programme, le CRACH cherche ultimement à contribuer à une compréhension critique des transformations contemporaines du capitalisme urbain et de leurs effets sur les politiques sociales, les droits des locataires et les formes de citoyenneté. Il entend participer à la construction de nouveaux récits capables de contester les régimes de vérité dominants et de réaffirmer le logement comme droit fondamental plutôt que comme simple actif économique.

Élaboré par :

Flav Choquette Giguère, POPIR

Francis Dolan, RIL Pointe-Saint-Charles

Isabelle Prud’homme, Géographie UdeM

Catherine Héon Cliche, Travail social UQAM

Violaine Jolivet, Géographie UdeM

Hélène Bélanger, Études urbaines UQAM

Louis Gaudreau, Travail social UQAM

Renaud Goyer, Travail social UQAM